C’est à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, que le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté son plan de relance du logement. Toute mesure visant à relancer la construction et la rénovation est bienvenue. Avec la baisse de la RLS de 1,1 milliard d’euros à 900 millions en 2026, l’Etat s’engage enfin aux côtés des bailleurs sociaux. Grâce à la mobilisation des parlementaires qui ont amélioré la version initiale du PLF, les prélèvements sur le secteur sont stabilisés, un point essentiel après une année 2025 déjà marquée par une première baisse de la RLS qui avait permis de programmer 115 000 logements neufs.
Non au démantèlement de la loi SRU
Mais la vigilance reste de mise. La proposition de loi adoptée la semaine dernière au Sénat, avec le soutien du gouvernement, ouvre clairement la voie à un démantèlement progressif de la loi SRU. C’est un très mauvais signal. Pendant que 2,9 millions de familles attendent un logement social adapté, on affaiblit l’un des rares outils efficaces pour garantir le droit au logement, la mixité sociale et la cohésion nationale. La loi SRU est un pilier de la solidarité républicaine. La fragiliser est non seulement injustifiable, mais profondément irresponsable. Je rappelle qu’il y a des « ghettos de pauvres » parce qu’il y a en miroir des « ghettos de riches. »
Un secteur en crise : la responsabilité évidente de ceux qui gouvernent
Sur le front du logement, il y a urgence. Le candidat Macron promettait en 2017 un « choc de l’offre ». Depuis, la construction a plongé à des niveaux historiquement bas : en 2024, seuls 250 000 logements ont été mis en chantier, un chiffre jamais atteint depuis les années 1950. Le CNR du logement depuis n’a, lui, accouché que d’une souris. Pendant ce temps, le logement pèse pour un tiers des revenus des Français et les prix ont augmenté de 88 % en 20 ans, contre 13 % pour le salaire moyen.
Nous faisons face à une triple crise : logement locatif, logement social et hébergement d’urgence. Il faut agir sur tous les maillons de la chaîne, sans les opposer les uns aux autres, comme certains ont la tentation de le faire (logement social vs accession à la propriété). Je salue l’ambition du gouvernement de construire 400 000 logements par an jusqu’en 2030, mais rappelons qu’une étude de l’USH montre que 518 000 logements, dont 200 000 sociaux, devraient être produits ou remis sur le marché chaque année jusqu’en 2040. Il reste donc beaucoup à faire.
L’urgence d’une vision stratégique à la hauteur de la crise
Il est crucial de penser la politique du logement stratégiquement, en intégrant les grandes transformations de notre société – démographie, vieillissement, mobilités, climat, modes de vie – et en la reliant aux autres politiques publiques. Je défends également un SRU de l’hébergement d’urgence pour une véritable solidarité nationale. Il n’est pas supportable de concentrer la pauvreté dans les territoires déjà en difficulté : en Île-de-France, la Seine-Saint-Denis assure quatre fois plus de nuitées hôtelières que les Hauts-de-Seine. L’accès au logement doit être traité comme un bien et un service essentiel, au même titre que l’éducation et la santé, et non comme un simple objet de marché. La puissance publique doit revenir au centre du jeu.
Le plan annoncé est un premier pas qui doit en appeler d’autres urgemment. Il est impératif de poursuivre et d’amplifier l’action pour répondre à la crise du logement qui frappe des millions de Français. La stabilisation des prélèvements sur les bailleurs sociaux en 2026 était essentielle pour maintenir la dynamique engagée, mais il faut aller plus loin. Comme le demande l’USH, il est notamment nécessaire de viser l’extinction de la RLS et de rétablir la TVA à 5,5 % pour le logement HLM classique, indispensable pour loger les travailleurs de première ligne, très nombreux en Île-de-France.



