La suppression annoncée des aides au logement (APL) pour les étudiant·e·s étrangers est à rebours de nos principes républicains. Alors que ce 20 février a lieu la journée mondiale de la justice sociale, Stéphane Troussel a alerté le Ministre sur la dimension brutale de cette décision qui va précariser une population étudiante déjà en grande difficulté, avec des conséquences sur l’attractivité de l’enseignement supérieur français et l’image de la France.
Saint-Denis, le 17 février 2026
Monsieur le Ministre,
Je souhaite attirer votre attention sur les conséquences extrêmement préoccupantes de la mesure contenue dans le projet de loi de finances pour 2026 visant à exclure les étudiant·es étranger·es non boursier·es du bénéfice des aides personnelles au logement.
Cette disposition, dont la mise en œuvre par voie réglementaire est annoncée pour la prochaine rentrée universitaire, constitue à mes yeux une décision brutale et injuste. Elle suscite également de vives inquiétudes dans le monde étudiant, car elle revient à faire des étudiant·es étranger·es une variable d’ajustement budgétaire alors que la jeunesse fait déjà face à d’immenses difficultés.
Cette mesure rendrait en effet encore plus précaire un quotidien déjà marqué par la cherté de la vie, la hausse continue des loyers ainsi que la pénurie de logements étudiants. Dans ce contexte, il est nécessaire de rappeler que seule une minorité d’étudiant·es extracommunautaires est aujourd’hui éligible aux bourses sur critères sociaux : environ 2 % sur près de 320 000 étudiantes concerné·es. Cette situation s’explique notamment par des conditions d’accès particulièrement restrictives les concernant. Pourtant, les étudiant·es étranger·es sont parmi les plus touchés par la précarité alimentaire : selon l’Observatoire de la vie étudiante, 62 % d’entre eux ont recours à l’aide alimentaire, contre 22 % des étudiant·es français·es. Les aides personnelles au logement sont alors, dans bien des cas, d’une importance vitale pour maintenir un équilibre financier et vivre décemment.
Dans des territoires comme la Seine-Saint-Denis, où de nombreux·ses étudiantes vivent déjà dans des situations précaires, les répercussions engendrées par cette mesure seraient particulièrement aiguës. Les centres communaux d’action sociale, les services sociaux universitaires et les autres structures d’accompagnement social, déjà fortement sollicités, seraient confrontés à un afflux supplémentaire de situations à traiter, accentuant encorela pression qui s’exerce sur eux.
Au-delà de ces conséquences sociales, cette décision comporte des risques majeurs pour notre enseignement supérieur et pour l’attractivité internationale de la France. Elle pourrait affaiblir durablement l’image de notre pays auprès des étudiant·es étranger·es et, par conséquent, fragiliser l’excellence de nos universités et de nos établissements.
Par ailleurs, en décourageant l’arrivée de nouveaux·elles étudiant·es étranger·es, elle apparaît également comme un contresens économique : selon Campus France, les étudiant·es étranger·es rapportent plus de 5 milliards d’euros chaque année à notre économie, ce qui relativise les 200 millions d’euros de dépenses que représenteraient les aides au logement qui leur sont destinées.
En outre, la nature même de cette mesure, fondée sur un critère de nationalité, soulève de sérieuses interrogations juridiques. Elle pourrait s’apparenter à une forme de préférence nationale incompatible avec nos principes républicains et ainsi exposer l’État à un risque contentieux important.
Enfin, minimiser les conséquences sociales de cette mesure en sous-entendant que les étudiant·es non boursier·es n’auraient pas un besoin avéré d’aide au logement revient à porter un coup supplémentaire au principe d’accès aux droits. Préférer alimenterles files des Restos du Cœur plutôt que de mener une politique volontariste de lutte contre la précarisation de la jeunesse constitue un choix qui n’est certainement pas neutre.
Par conséquent, je souhaite vous demander solennellement de renoncer à la publication du décret envisagé et d’engager en amont une véritable étude d’impact, évaluant avec précision, et par territoire, le nombre de personnes et de logements concernés.
Il en va non seulement de la justice sociale et de nos principes républicains, mais aussi de la cohérence de notre politique d’enseignement supérieur et de l’image que la France entend donner à l’international.
Je reste bien entendu à votre disposition pour tout échange sur ce sujet essentiel et vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma haute considération.



